Agathe Mercat
Ce projet de carnaval illustre parfaitement l’écoute du contexte requise pour qu’un travail d’éducation artistique porte ses fruits. Au départ, l’envie commune entre le musée et moi était de faire découvrir à de jeunes élèves le travail des « Seize Breur » et d’y associer une sensibilité écologique.
La rencontre avec les élèves a précisé, voire détourné, le propos initial. Quand je leur ai demandé sur quel sujet porteraient leurs revendications s’ils avaient l’occasion de défiler lors d’un carnaval, ils ont répondu à l’unisson : nous voudrions avoir le droit de faire la fête — nous étions encore en plein confinement.
Nous nous sommes alors concentrés sur leurs empêchements, qu’ils soient contextuels, culturels, vestimentaires ou temporels, et avons tenté de fabriquer avec eux un véritable espace exutoire et libérateur. Le vêtement a cela de fort qu’il raconte la façon dont on aimerait être perçu. Les aller‑retour avec les portraits de René‑Yves Creston, dont nous copiions les postures, ont permis une mise à distance dans cette réflexion.
Plus tard, les motifs de Jeanne Malivel sont venus ornementer les costumes, autorisant les jeunes à répondre aux collections par goût et non par souci de parfaitement comprendre l’histoire de l’art. Étonnamment, cette posture ne les a pas empêchés ensuite de s’interroger sur l’histoire de ces artistes et d’en restituer une lecture collective.
La magie a opéré quand le Petit Écho de la Mode nous a proposé, avec Simon Gyllomard, de réaliser un film sur ce projet. Il fut projeté dans de nombreuses vitrines et, l’année suivante, les photos furent reprises pour l’identité du Petit Écho de la Mode. Cette aventure a permis de rendre visibles ces élèves, pour la plupart fragilisés dans leur confiance par la période et ses empêchements.
Voici le film réalisé pour l’Effet Mode:
Projet EAC – Musée d’Art et d’Histoire de Saint Brieuc- saison 2020-2021 –